dimanche 27 février 2011

Beauvais ville martyre en juin 1940.


BEAUVAIS ,VILLE MARTYRE EN JUIN 1940. Archives JmPtoPhotos.


           La ville de Beauvais a subi des bombardements sporadiques du 18 au 25 mai 1940 mais c'est surtout pendant les journées des 5 au 9 juin qu'elle est copieusement arrosée par l'aviation allemande. Puis dans la nuit du 13 au 14 juin c’est l’aviation britannique qui s’y mettra en opération militaire, les allemands occupant la ville.Mission inutile, dans une cité déjà trop accablée.
Mais ciblons cette journée du 8 juin qui fut le point culminant de l’innommable anéantissement de la cité.
          Lors du conflit le « Comité de guerre » ordonnait la vie de la commune.C’était une Commission extraordinaire comprenant tous les conseillers municipaux présents à Beauvais qui devaient se réunir chaque soir à l’Hôtel de ville pour « examen de la situation et durer » tant qu’il y aurait des commissaires pour le constituer.
         Seuls, ce jour sont actifs neuf membres dont Maurice Brayet « commandant d’armes » désigné par la force des choses.Vers 8 h du matin arrive à l’hôtel de ville, en voiture ,un commandant d’infanterie ,vieux briscard de l’autre guerre qui a un message important à délivrer.Il désire voir le maire ou une autorité militaire quelconque.Mais la ville n’en possède plus ce jour.Seul le préfet pourra en être informé.En fait son information est qu’entre Crevecoeur et Beauvais son régiment a été décimé par les allemands à l’aube.Deux bataillons anéantis et prisonniers.La route est donc ouverte aux allemands .L’invasion est inéluctable après cette débandade.Dés 9 h 30 il faut trouver du ravitaillement et des moyens d’évacuer enfants,infirmes et vieillards.A 10 heures l’info parvient qu’à la carrière Saint Jean ( poste de secours et grand abri) le pain manque aux réfugiés.Fébrilement rue Jean Vast on charge des archives dans des camions.
         Et c’est alors que sous des hurlements sinistres ,semblables à des mugissements de sirènes ,des avions allemands envahissent le ciel beauvaisien.Commence alors un bombardement effroyable tout autour de la mairie.Le fracas d’explosions et sifflements de torpilles est terrifiant.Les effets de souffle implosent les habitations.Poussières et feux donnent une vision apocalyptique de la ville.L’enfer dévore la cité beauvaisienne.Les avions volent de plus en plus bas et les bombardements se succèdent à intervalles de plus en plus courts.En quelques heures c’est 7 à 8 attaques qui se sont propagées.Les habitants s’abritent tant bien que mal car il n’a plus de sirènes d’alerte.Les rues Cyprien Desgroux,Saint Pantaléon, de la Manufacture Nationale et l’hôtel des Postes sont en flammes.Les Nouvelles Galeries explosent sous les bombes incendiaires.Puis la propagation aux petites rues se fera vite car les coupe feux sont inexistants vu l’enclavement serré des maisons.
           Après l’heure de midi , deux nouvelles incursions ennemies seront encore subies.Le soir c’est l’Hôtel de ville qui sera détruite.Isolément, la façade reste debout et sera conservée lors de la reconstruction.En fait seulement la partie pierre, car bien entendu fenêtres et portes ont été arrachées.La cathédrale Saint Pierre par effets de souffle perdra de nombreux vitraux et souffrira dans ses fondements de quelques dégâts.L’église Saint-Etienne également.Dans la nuit du 9 au 10 juin les premiers éléments motorisés allemands pénètrent dans Beauvais dévasté.Il n’y a ni eau, ni gaz, ni electricité.Ni d’ailleurs d’habitants.La chaleur est encore insoutenable et il est impossible de rejoindre le centre ville avec un véhicule.
          Beauvais a-t-elle été martyrisée de par sa position entre Paris et la voie militaire du Nord ou par une opération de terreur pour anéantir les éventuelles résistances ? Ou comme certains allemands l’affirmeront plus tard : comme représailles au bombardement de la ville de Fribourg en Allemagne de la Luftwaffe par erreur ? En tout cas c’était bien un crime de guerre puisqu’il n’y avait plus aucun militaire en place.Et heureusement que la quasi-totalité des 20 000 habitants de l’époque avaient évacué à partir du 20 mai.Dans le chaos, principalement vers la Bretagne où les bretons offrirent aux civils fuyant les horreurs de la guerre, un accueil bienveillant…Car ce n’est pas une soixantaine de victimes (un miracle !) qu’il aurait fallu déplorer mais des milliers !
        L’œuvre de déblaiement des 2 038 maisons détruites et 770 endommagées était incommensurable.Il fallut édifier une voie ferrée dans la cité beauvaisienne malgré les pentes importantes de certaines rues pour expurger les gravas vers les faubourgs.Ainsi sur des wagonnets chargés par des bénévoles puis des entreprises et les Ponts et Chaussées, on évacuera plus de 400 000 m3. Les rues étroites du centre ville étaient encombrées par les bâtiments écroulés.
       Il faudra des années pour redonner un visage correct à la ville meurtrie.De Paris il sera décidé de reconstruire à l’identique les rues et voies malgré le désaccord des élus beauvaisiens.Grosse erreur car aujourd’hui notre centre ville est trop exigu pour une ville de 60 000 âmes.La ville en son sein étant rasée, l’aérer était une aubaine.De surcroît le pont de Paris construit vers 1950 pour fluidifier l’entrée Sud (ancienne Nationale 1 Paris- Amiens ) est impraticable depuis 2010 car rongé par la rouille.Des erreurs de reconstruction qui coûtent cher !
        A savoir : Le 25 décembre 1940, Hitler est venu fêter Noël avec les aviateurs de la Luftwaffe dans le réfectoire du Lycée Jeanne Hachette à Beauvais.Lycée qui avait été réquisitionné pour loger les escadrilles dont les avions se trouvaient à l’aérodrome de Beauvais-Tillé.La piste fut bétonnée pour favoriser leurs évolutions avec l’aide de travailleurs obligatoires recrutés dans la région.Ces mêmes asservis qui devaient par la suite boucher les cratères causés par les bombardements britanniques.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci beaucoup pour ces informations sur un épisode très douloureux concernant la ville de Beauvais. Je vis à Beauvais depuis presque 50 ans, mais j'ignorais ces détails très intéressants concernant cette triste période. Amicalement. Cyrielle

Anonyme a dit…

Je suis née à Beauvais juste après la guerre. Nous habitions rue Jeanne Hachette, mon premier terrain de jeu a été un trou de bombe ... je garde le souvenir de cette façade de l'Hotel de Ville qui n'a été reconstruit que tardivement. Les baraquements "provisoires" ont abrité des habitants jusque vers les années 1960, voire 1970... J'ignorais qu'Hitler était venu dans "mon" lycée. Mes grands parents maternels habitaient Formerie, également détruite, ma grand mère après l'exode n'a retrouvé de sa maison qu'une batterie de casseroles fondues qu'elle a gardé toute sa vie.... Merci pour vos recherches.